Les serpents de neige

Les serpents de neige

(oeuvre en page couverture)

 

Pour un artiste, une œuvre d’art prend forme à partir du moment où il en vient, comme le mentionnait Jacques Hurtubise: «à éliminer les éléments qui détournent l’attention de la forme et de l’interaction d’un tableau». C’est à partir de ce moment qu’un tableau prend sa véritable dimension, qu’il acquiert toute sa valeur esthétique de manière à offrir une nouvelle appréhension de l’espace que nous occupons que ce soit par les nouveautés aussi bien stylistiques que techniques définissant l’œuvre produite. Le travail de l’artiste contribue, tout comme les chercheurs, à la transformation et au renouvellement des regards posés sur des pratiques établies, mais aussi dans l’esprit de Bachelard à remplacer des savoirs et des conceptions statiques par de nouveaux paradigmes basés sur une approche systémique de la complexité ou d’une réflexion en mouvement, ouverte sur de nouvelles perspectives, permettant d’entrevoir l’avenir différemment.

 

À partir d’une pluralité de points de vue, par essais et erreurs dans le cadre d’un processus d’expérimentation portant sur la combinaison de couleurs chaudes et froides, la juxtaposition de formes statiques et dynamiques dans des espaces rapprochés afin de donner vie au tableau, mais surtout avec acharnement, la pièce qui s’intitule «Les serpents de neige» regroupait sur la palette de l’artiste des pigments en bataille, peu enclins à se mélanger les uns aux autres, isolés dans leurs tubes de couleurs d’origine. Les couleurs et les formes générées par les frottements de la spatule ont fait l’objet de transformations et d’incertitudes pour donner lieu finalement au phénomène de l’apparition d’un nouveau paysage qui est plus que la somme de ses parties, mais une abstraction d’une réalité complexe susceptible d’apporter du rêve, de trouver bienveillance dans notre imaginaire.

 

Signature Denis

Denis Boisvert

 

 

Bien que mes compétences en matière d'art pictural s'avèrent très limitées, j'ai été conquis par Les serpents de neige dès le premier regard. Il est rare de pouvoir établir des liens si significatifs entre la créativité dont fait preuve l'artiste et la rigueur exigée de la part du chercheur, mais ma réaction spontanée a été de dire «...mais ... c'est exactement ça».

 

Cette œuvre traduit d’une manière fort pertinente la posture épistémologique adoptée dans le cadre de la présente étude, à savoir l’interprétativisme. En effet, le but recherché par les adeptes de ce paradigme consiste à donner un sens à une réalité telle qu’elle est perçue objectivement et subjectivement. L'interprétation de cette oeuvre oblige inévitablement l'observateur à trouver un sens à ces formes et à ces couleurs afin de lui attribuer une représentation ou une signification particulière. Or, cette représentation sera forcément influencée par l'observateur lui-même (des personnes différentes en viendront à des représentations différentes), par l'expérience de l'observateur (le contexte dans lequel il évolue influencera sa vision) ainsi que par ses aspirations (les finalités qu'il poursuit généralement). Or, ces quatre grands concepts - l'acteur - le contexte - les finalités - les représentations - constituent les assises fondamentales du cadre intégrateur de la qualité adopté dans le cadre de la présente étude. À l’image du processus d'évaluation de la qualité, cette oeuvre nous permet de comprendre que les multiples représentations adoptées par les différents observateurs (ou acteurs) ne doivent pas être vues comme étant compétitives (une représentation ne se veut pas supérieure à une autre), mais plutot comme étant complémentaires. La réalité étant si complexe qu'une seule représentation ne suffit pas à l'expliquer.

 

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Guy Bélanger