Introduction

Les compétences informationnelles que les étudiants universitaires doivent acquérir s'avèrent de plus en plus complexes et nombreuses et ce, tant en raison de l'évolution de la technologie, du développement rapide des nouvelles connaissances, de la complexité de l'exploitation judicieuse de l'information au sein des différentes disciplines que de la multiplication des exigences provenant du milieu du travail. Le développement de ces compétences se doit de reposer sur des stratégies pédagogiques complexes dans le but d'encadrer judicieusement les activités d'enseignement et d'apprentissage et ce, tout au long du parcours de l'étudiant. Il ne suffit plus de transmettre ou d'acquérir des connaissances pour devenir compétent­. Une compétence consiste en un savoir agir dans lequel l'étudiant démontre qu'il a développé la capacité de mobiliser ses ressources internes et externes dans une famille de situations (Tardif, Fortier et Préfontaine, 2006), celles-ci se référant à la capacité de trouver, d’évaluer et d’exploiter l’information en respectant les enjeux éthiques et légaux liés à son utilisation (Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec, 2005).

 

Depuis plus d'une douzaine d'années, des initiatives ont été mises en oeuvre dans le réseau de l'Université du Québec dans le but explicite de développer les compétences informationnelles chez les étudiants. Or, ces pratiques n'ont jamais fait l'objet d'une évaluation de leur qualité. Est-ce que les pratiques mises en oeuvre sont les bonnes ? Quelles sont les compétences informationnelles que les étudiants doivent développer ? Est-ce que nous faisons bien les choses ? Autant de questions difficiles à répondre puisqu'il n'existe actuellement aucun instrument de mesure de la qualité des pratiques mises en oeuvre pour le développement des compétences informationnelles chez les étudiants. Il s'avère donc actuellement impossible de d’établir une gestion efficace de la qualité de ces pratiques et ce, tant sur la base de leur qualité intrinsèque que sur les résultats effectivement obtenus chez les étudiants. Afin de pallier cette problématique, une étude méthodologique a été conduite dans le but d’établir un consensus auprès d’experts (bibliothécaires et professeurs du réseau de l’Université du Québec) afin de définir ce que constituent des pratiques de qualité en matière de développement des compétences informationnelles et d'expérimenter des processus de mesure et d'évaluation de la qualité de ces pratiques en situation réelle.

 

Le présent rapport de recherche se divise en six chapitres. Le premier chapitre énonce la problématique à l’origine de l’étude ainsi que les principaux facteurs liés à la difficulté d’évaluer la qualité des pratiques actuelles de développement des compétences informationnelles chez les étudiants. Ce chapitre précise également la solution de recherche retenue afin de contribuer éventuellement à la mise en œuvre d’un processus continu de gestion de la qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles.

 

Le deuxième chapitre recense les écrits qui ont permis de construire une liste de critères de qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles ayant été soumis à un processus de validation auprès de bibliothécaires et de professeurs reconnus par leurs pairs en raison de leur expertise en la matière. C’est également dans ce chapitre qu’est décrit le cadre de référence adopté pour la conduite de la présente étude. Il s’agit d’un cadre intégrateur de la qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles qui permet de reconnaître et de prendre en compte la multiplicité des perspectives lorsque vient le temps d’évaluer la qualité des services rendus.

 

Le troisième chapitre décrit en détail le devis de recherche méthodologique retenu pour répondre aux questions de recherche qui portaient sur la validation des critères de qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles ainsi que sur l’identification des forces, des points faibles, sans oublier leurs causes, au sein du réseau de l’Université du Québec. Un devis est précisé pour chacune des trois grandes phases de l’étude, à savoir: (1) le processus de validation des critères de qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles; (2) l’expérimentation d’un processus de mesure de la qualité au sein du réseau et finalement; (3) l’expérimentation d’un processus d’évaluation de la qualité des pratiques de formation documentaire à l’aide de cercles de qualité instaurés au sein de chacun des établissements participants.

 

Le quatrième chapitre présente les résultats obtenus pour chacune des questions de recherche retenues. Dans le cadre du processus de validation des critères de qualité, une importante divergence de perspectives entre les bibliothécaires et les professeurs a été identifiée sur la base de la reconnaissance de la pertinence et de l’importance des énoncés de critères soumis à la validation. En ce qui concerne l’expérimentation de la phase de mesure à l’aide des critères validés, les résultats obtenus à l’échelle du réseau ont été finement analysés. Les commentaires obtenus de la part des étudiants ayant évalué la qualité des formations documentaires et ceux des bibliothécaires-formateurs et des enseignants universitaires qui ont, quant à eux évalué la qualité de la collaboration interprofessionnelle, ont permis de mieux comprendre les résultats obtenus lors de ce processus de mesure.

 

Le cinquième chapitre expose la discussion au regard des résultats obtenus dans le cadre de cette étude. Cette discussion, qui nous l’espérons, saura retenir votre attention, résulte de l’analyse des résultats obtenus pour chacune des trois grandes phases de l’étude. On y discute de la divergence de perspective entre les bibliothécaires et les professeurs lors de la validation des critères de qualité, de la reconnaissance de la qualité de la prestation et de l’expertise des bibliothécaires-formateurs à titre de force au sein du réseau, ainsi que des principaux points faibles identifiés, notamment la faible collaboration interprofessionnelle et les stratégies pédagogiques actuellement employées dans le cadre des formations documentaires. Ce chapitre précise également les limites de l’étude.

 

Le sixième et dernier chapitre énonce les recommandations que l’équipe de recherche adresse à l’ensemble du réseau del’Université du Québec afin d’améliorer la qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles des étudiants. Ces recommandations portent sur l’adoption d’un nouveau paradigme en matière de développement des compétences informationnelles, sur la création d’espaces collaboratifs tant au niveau du réseau qu’à l’intérieur de chaque établissement universitaire, sur la conception et l’application d’un programme de développement des compétences informationnelles, sur la mise en œuvre d’un mode de gestion de la qualité des pratiques de développement des compétences informationnelles axé sur le principe de l’amélioration continue, et finalement, sur l’exploitation d’outils de travail dits collaboratifs. Ce chapitre précise également les recommandations pour les recherches futures.