Exemple d'un outil optimisant l'instauration d'une pratique collaborative en matière de développement des compétences informationnelles

Exemple d'un outil optimisant l'instauration d'une pratique collaborative en matière de développement des compétences informationnelles

Afin de mieux concrétiser ce que pourrait représenter un outil numérique destiné à optimiser le travail collaboratif au sein d’une équipe, le projet de développement d’un portail destiné au développement des compétences informationnelles chez les étudiants en sciences infirmières de l’Université du Québe à Rimouski sera utilisé à titre d’exemple. Ce portail comporte des modules interdépendants destinés aux bibliothécaires-formateurs, aux enseignants universitaires et aux étudiants. Certains de ces modules seront présentés ici, soit:

le module de gestion du cadre commun de référence des compétences informationnelles;

le module de gestion des exercices;

le module de gestion des tests;

le portfolio étudiant.

 

Le module de gestion du cadre commun de référence des compétences informationnelles se destine aux bibliothécaires-formateurs et aux enseignants universitaires. Il s’agit d’une base de données permettant d’optimiser le travail des bibliothécaires et des professeurs dans l’élaboration d’un cadre commun de référence qui consiste à définir les compétences informationnelles transversales (que tout étudiant doit acquérir) et disciplinaires que les étudiants en soins infirmiers (ordre collégial) et en sciences infirmières (ordre universitaire) doivent développer pendant leur formation. Les compétences informationnelles disciplinaires à développer sont particulières à chaque programme d’études. D’ailleurs, il est à noter que dans le cas de disciplines professionnelles, les compétences informationnelles à développer peuvent également être définies par des associations ou des ordres professionnels. Par exemple, dans le cas des infirmières, l’Association canadienne des écoles en soins infirmiers (ACESI, 2012) a publié un recueil de compétences en informatique requises par les infirmières autorisées pour accéder à la pratique. Pour chacune des compétences identifiées, cet outil permettra de préciser des indicateurs de performance (un énoncé qui regroupe un ensemble d’activités que l’étudiant devrait accomplir pour parvenir à démontrer qu’il a atteint une compétence) ainsi que les résultats attendus (une activité précise qu’un étudiant doit effectuer afin de parvenir à démontrer qu’il a effectivement développé une compétence particulière). C’est à l’aide de cette base de données que pourront être précisées les compétences informationnelles requises de ces étudiants tout au long de leur programme DEC/BACC en sciences infirmières, rendant ainsi possible l’identification des besoins de formation des étudiants qui n’auraient pas atteint les degrés de compétence exigés. Il va de soi que l’élaboration d'un cadre de référence en matière de développement des compétences informationnelles demande un processus de co-définition de la part des bibliothécaires-formateurs et des enseignants universitaires. D’ailleurs, le caractère dynamique du développement des compétences informationnelles recherchées chez les étudiants nécessitera également un processus continu de négociation entre les bibliothécaires-formateurs et les enseignants universitaires au fur et à mesure que des modifications devront être apportées à ce cadre commun de référence.

 

Le module de gestion des exercices permettra aux bibliothécaires-formateurs et aux enseignants universitaires de développer conjointement des exercices visant le développement de compétences informationnelles particulières chez les étudiants en sciences infirmières. Chacun des exercices est associé à au moins un résultat attendu qui est défini dans le module de gestion du cadre commun de référence. Cette association permet à l’étudiant de visualiser l’ensemble des exercices à effectuer au cours de sa formation et d’assurer ainsi un suivi concernant les exercices recommandés dans son programme d’études.

 

Ce module permettra de constituer une banque d’exercices planifiés et complémentaires qui pourront s’avérer particulièrement utiles, entre autres, selon les circonstances suivantes:

pendant les formations documentaires, ou à titre d’exercices complémentaires proposés aux étudiants à la suite d’une formation documentaire;

lors d’évaluations formatives ou sommatives effectuées dans le cadre d’un cours;

lors de partage d’exercices entre enseignants universitaires et personnes chargées de cours attitrés à un même cours (assurant ainsi une plus grande constance dans les travaux exigés);

lorsqu’un étudiant voudra pratiquer une activité particulière associée à une compétence informationnelle;

lors de mauvaises réponses d’un étudiant à un test. L’étudiant pourra alors être référé aux exercices lui permettant de combler les lacunes relevées.

 

Encore ici, le choix et la diversité des exercices reposeront nécessairement sur un processus de co-analyse entre les bibliothécaires-formateurs et les enseignants universitaires sur une base continue.

 

Le module de gestion des tests permettra de concevoir des questionnaires mesurant les compétences informationnelles acquises chez les étudiants. Ces tests pourront être exploités par les bibliothécaires-formateurs qui voudront adapter leur formation documentaire au degré de compétence observé chez les étudiants devant participer à une formation. Ces tests pourraient également être utilisés par les enseignants universitaires à titre d’évaluation formative ou sommative dans le cadre d’un cours. Finalement, les étudiants eux-mêmes pourraient passer certains tests autoadministrés afin de vérifier s’ils ont effectivement acquis les compétences requises pour leur degré d’avancement dans leur programme.

 

Il va de soi, encore une fois, que le nombre de tests, leur spécificité et leur contenu devront faire l’objet de co-analyse entre les bibliothécaires-formateurs et les enseignants universitaires sur la base des compétences informationnelles transversales et disciplinaires spécifiques identifiées dans le cadre commun de référence.

 

Le portfolio étudiant, quant à lui, permettra aux étudiants de consulter le cadre commun de référence afin de prendre connaissance des compétences informationnelles particulières qu’il devra acquérir au fur et à mesure de son cheminement universitaire. De plus, le fait de relier chaque exercice et chaque test à des compétences informationnelles spécifiques permettra à un étudiant de comparer son degré de développement des compétences informationnelles en fonction du cheminement prévu dans le cadre commun de référence définissant les compétences informationnelles transversales et disciplinaires qui sont particulières à chaque programme d’études. Avec un outil numérique de type portfolio, il sera possible de conserver tous les tests et les exercices effectués par un étudiant. C’est à partir de cette base de données que l’étudiant pourra visualiser un tableau de bord personnalisé lui permettant de représenter visuellement et dynamiquement son cheminement actuel en matière de développement des compétences informationnelles prévues à son programme. Ce tableau de bord s’adaptera dynamiquement à toute modification apportée au module de gestion du cadre commun de référence commun définissant les compétences informationnelles à développer dans le parcours d’un programme d’études. La possibilité de générer un tableau de bord pourra être exploitée avantageusement par les bibliothécaires-formateurs et par les enseignants universitaires afin de dégager un portrait d’ensemble du niveau de compétences acquises par les étudiants inscrits à leurs formations.

 

Cette description très sommaire de ce projet de portail avait pour but explicite de donner un exemple d’outil collaboratif en matière de développement des compétences informationnelles. Évidemment, qui dit outil collaboratif dit nécessairement un travail collaboratif entre acteurs. En effet, l’acte de collaborer ne provient pas de l’outil lui-même, mais des personnes qui l’utilisent et l’alimentent. Comme précisé précédemment, le problème ici ne réside pas dans la technologie, comme en fait foi la multiplicité d’outils, de tutoriels et de logiciels développés en la matière au cours des dernières années. Tant que nous ne parviendrons pas à instaurer un véritable travail collaboratif entre bibliothécaires-formateurs, enseignants universitaires, gestionnaires et étudiants, tous les outils développés, toutes les formations données, toutes les interventions de chacun des acteurs impliqués continueront de s’effectuer en vase clos, nous privant ainsi d’un effet synergique important. Cela dit, le choix des outils, qu’ils soient numériques ou non, n’est pas anodin. Les outils que nous utilisons modulent notre façon de travailler et de percevoir notre rôle. Il faut donc sélectionner nos outils avec soin car, comme le disait Abraham Maslow en 1966, «si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou».