Développer une approche collaborative interdisciplinaire axée sur une véritable relation d’interdépendance

Développer une approche collaborative interdisciplinaire axée sur une véritable relation d’interdépendance

Le développement des compétences informationnelles, tant transversales que disciplinaires, implique de modifier les pratiques actuelles axées sur le travail en vase clos, ou en silo, afin de développer une approche collaborative entre tous les intervenants impliqués dans les pratiques de formation documentaire. D’ailleurs, la collaboration est identifiée dans ce projet de recherche comme le principal point faible de la qualité des pratiques de formation documentaire. Les pratiques actuelles en vase clos ne sont d’ailleurs pas étrangères au faible niveau de compétences informationnelles observées chez les étudiants (Kennel, 2016). Selon les résultats de la présente étude, ce manque de collaboration se retrouve à trois niveaux, soit entre les bibliothécaires-formateurs eux-mêmes, entre les bibliothécaires-formateurs et les enseignants universitaires, et entre les bibliothécaires-formateurs et les divers services impliqués dans le développement des compétences informationnelles. Les résultats de notre étude démontrent qu’il serait intéressant d’investiguer également sur la nature de la collaboration entre les bibliothécaires-formateurs et les étudiants en ce qui concerne les stratégies d’enseignement et d’apprentissage des compétences informationnelles, et ce, afin de responsabiliser davantage les étudiants à l’égard de leur apprentissage.

 

Nous observons actuellement que les pratiques de développement des compétences informationnelles s’effectuent en vase clos par les divers intervenants impliqués. Cette observation dénote une approche individuelle ponctuelle dans laquelle chacun des acteurs et des services impliqués intervient selon ses propres prérogatives. Comme le démontre le tableau 76, ce constat peut être appuyé par le fait que plusieurs activités similaires sont effectuées isolément par les bibliothèques et les autres services impliqués.

 

Tableau 76: Types d’activités de formation recensés dans les bibliothèques et les autres services du réseau de l’Université du Québec (GT-PDCI, 2016b, p.10)

Types activités de formatrion

Des statistiques colligées au printemps 2015 démontrent que les Services des bibliothèques sont responsables de 71 % des activités soutenant le développement des compétences informationnelles dans le réseau de l’Université du Québec alors que la proportion des activités offertes par les services ou instances autres que la bibliothèque est de 29 % (GT-PDCI, 2016b). La figure 51 illustre ces proportions.

 

Proportion activités de formation

Figure 51: Proportion des activités soutenant le développement des compétences informationnelles offertes par les services ou instances autres que la bibliothèque au sein du réseau de l’Université du Québec (GT-PDCI, 2016b, p.8)

 

À la lumière de ces données, des possibilités de collaboration interprofessionnelle et interservice, de nature à favoriser le développement des compétences informationnelles, apparaissent fort prometteuses. Dans un tel contexte, chaque acteur et chaque service se devrait d’intervenir de manière interdépendante afin d’optimiser le développement des compétences informationnelles chez les étudiants. Il importe de noter que la direction de l’enseignement (ou décanat) est responsable de près de la moitié (47 %) des activités soutenant le développement des compétences informationnelles offertes par les services ou instances autres que celui du Service de la bibliothèque. Compte tenu du rôle stratégique que joue cette instance et des responsabilités qui lui incombent à l’égard du soutien et du développement de programmes, la direction de l’enseignement (ou décanat) représente un lieu privilégié pour donner naissance à un espace de gouvernance des pratiques de développement des compétences informationnelles des étudiants.

 

Comme précisé dans le chapitre présentant la discussion, le développement d’une approche collaborative interdisciplinaire axée sur une relation d’interdépendance entre les intervenants impliqués dans le développement des compétences informationnelles repose sur la mise en œuvre de ce que Levan (2009) appelle le cycle de la collaboration. La figure 52 illustre l’évolution de ce cycle et son effet sur la relation d’interdépendance établie au sein des équipes.

 

Développement collaboration

Figure 52: Le développement d’une approche collaborative interdisciplinaire

 

Cette figure est la résultante d’une intégration du cycle de la collaboration de Levan (2009), du continuum du niveau d’interdépendance de Little (1990; cité dans Beaumont et al., 2010) et du guide pratique du travail collaboratif de Piquet (2009). Quatre niveaux d’intensité de la relation d’interdépendance y sont décrits: la communication, la coopération, la coordination et la collaboration. Les résultats de notre étude démontrent clairement qu’en matière de pratiques de développement des compétences informationnelles au sein du réseau de l’Université du Québec, nous nous situons quelque part entre les niveaux communication et coopération. C’est ce que nous avons voulu illustrer par la ligne pointillée située au niveau du ruban représentant la coopération. Les travaux accomplis dans la présente étude démontrent toutefois que le succès du développement des compétences informationnelles (transversales et disciplinaires) chez les étudiants repose sur l’instauration de réelles pratiques pédagogiques collaboratives interdisciplinaires chez l’ensemble des intervenants et services impliqués, y compris la responsabilisation de l’étudiant lui-même à l’égard de son apprentissage. Or, le principal point faible identifié par les cercles de qualité concerne la faible collaboration observée chez les intervenants impliqués dans les pratiques de développement des compétences informationnelles.

 

Dans la figure précédente, trois représentations du cycle de la collaboration de Levan (2009) premettent d'illustrer le développement des pratiques collaboratives qui devrait prendre de plus en plus d’ampleur au fil de l'itération des cycles de collaboration. En effet, il ne s’agit pas de faire du «sur place» en effectuant ces cycles, mais bien de développer graduellement une relation de plus en plus interdépendante entre les intervenants impliqués, et ce, dans une perspective d’amélioration continue. Ce processus permettra d’ailleurs aux intervenants de reconnaître la nécessité et l’importance d’exploiter l’expertise de chacun si l’on veut réellement optimiser le développement des compétences informationnelles chez les étudiants.

 

La représentation initiale située dans la zone intitulée Coopération veut représenter ce que l’on pourrait appeler un point de prise de conscience du problème de collaboration, tel qu’identifié dans le cadre de la présente recherche. C’est à ce point que commence une première co-analyse de la situation problématique relevée. Cette co-analyse donnera lieu à une co-définition au cours de laquelle des objectifs seront formulés afin de déterminer les buts visés par les actions qui seront mises en œuvre au sein du réseau et au sein des établissements qui désireront s’impliquer dans cette voie. Comme nous le verrons dans les recommandations suivantes, ces processus itératifs de co-analyse, de co-définition, de co-réalisation et de co-évaluation pourront s’opérationnaliser à trois niveaux hiérarchiques différents:

le réseau de l’Université du Québec, dans le but de fixer des orientations stratégiques applicables à l’ensemble du réseau;

les établissements, dans le but d’adapter ces orientations stratégiques à leur contexte particulier;

les comités de programmes et conseils de modules, dans le but de mettre en œuvre les pratiques de développement des compétences informationnelles et de les évaluer.

 

Le but recherché par l’implantation du cycle de la collaboration visant l’approfondissement d’une relation d’interdépendance entre les intervenants impliqués consiste en l’instauration d’un véritable travail collaboratif appuyé par un cadre commun de référence. C’est en atteignant un réel niveau de collaboration interdisciplinaire que nous pourrons nous attaquer efficacement aux défis complexes que représentent l’enseignement et l’apprentissage des compétences informationnelles dans un monde où l’information, de qualité fort variable, s’obtient à l’aide d’un simple clic.

 

En raison de son importance, le besoin d’adopter un cadre commun de référence des compétences informationnelles que les étudiants devraient développer, qu’elles soient transversales ou disciplinaires, sera discuté dans la section suivante.